Comment traiter le mauvais goût avec bon goût

Un texte de Nadia Desroches

Mes attentes?

Le théâtre Espace libre est un de mes préférés à Montréal. La petite porte d’accès par le côté, donne toujours l’impression d’entrer dans un speak easy. Les banquettes de la salle, les toilettes mixtes non-genrées et le bar éphémère ajoute à l’ambiance chaleureuse et donnent toujours l’impression que gars ou fille –whatever ce que t’es, t’as le droit d’être qui tu veux et de te sentir à l’aise.

Sur le site web de l’Espace libre, un aperçu des inspirations de la création: extraits vidéos et musicaux qui laissent présager que la pièce sera TOUT sauf de mauvais goût. La distribution : Guillaume Chouinard, Stéphane Crête, Lévi Doré, Camille Léonard, Didier Lucien, Sylvie Moreau, Évelyne Rompré, Gabriel Sabourin et Marie-Hélène Thibault. On a la crème de la crème en ce qui concerne les qualités d’improvisation, de création et de maîtrise du corps. Non seulement je pense à des interprètes extraordinaires, mais aussi à des comédiens qui réfléchissent sur leur pratique.

Une histoire de pêche de Mauvais goût

Pendant toute la durée du spectacle, la banquette shake. C’est le rire contagieux du voisin, transmis par un autre voisin, transmis par un autre et un autre, ainsi de suite. La salle est pleine d’une frénésie qui ne déroge pas jusqu’à la fin du spectacle. Stéphane Crête aborde de façon irrévérencieuse plusieurs thèmes touchant la perversion et la déviation à la manière d’un polar comique. Le récit raconte l’histoire postmortem d’un groupes d’amis touchés par la mort Dave survenue lors d’un voyage de pêche entre hommes. Dave est-il vraiment mort étouffé par un os de poulet? En parallèle, la présence étrange de Fabrice dans la vie de certains d’entre eux mène peu à peu vers l’identification de ce dernier. Est-ce un professeur, un pervers, un conférencier, un patient clinique? Dave, interprété par Guillaume Chouinard, hante le plateau et occupe tout l’espace avec une maîtrise du corps exceptionnelle à chacune des apparitions. L’absurdité de la vie laissée par la mort et le mensonge, le BDSM, les relations amoureuses intergénérationnelles, les codes éthiques des rencontres sexuelles, l’infidélité, la pauvreté, l’abus de pouvoir, l’orgasme féminin font partie de la pléthore de thèmes abordés par Crête. Il parvient à donner un angle nouveau à ces thématiques tout en révélant avec un humour grinçant l’incongruité du comportement humain face à ces sujets souvent tabous.

Une mise en scène simple et efficace

Également interprète du rôle de Fabrice dans la pièce Mauvais Goût, Didier Lucien a vraiment su mettre en lumière le jeu des acteurs et le texte. Les jeux d’éloignement et de proximité entre les comédiens, d’équilibre et de déséquilibre du plateau mettaient en évidence la tension et la compression, le malaise vécu face à des situations pouvant être vues comme déplacées. Le plateau nu avec quelques éléments de décor, une table-bar et un sofa qui se déplacent sur roulettes permet de donner toute la place au jeu des comédiens. L’espace est utilisé au maximum et supporté par une conception d’éclairage simple et efficace. Lucien a le soucis du détail et ne laisse rien au hasard, la mise en scène est chirurgicale !

Le jeu des comédiens

Chaque personnage est un petit « brasier humain », comme le dit Stéphane Crête, qui risque d’exploser à tout moment. Crête met les mots sur ce que je ne saurais décrire, parce que le spectacle m’a jetée à terre et je n’ai plus de mots ! Les comédiens arrivent à jouer de façon hyperéaliste des situations pourtant parfois si surréalistes… s’en est à la fois drôle et touchant. Les scènes s’enchaînent sur un rythme soutenu qui donne l’impression d’assister live à un épisode de série-télé.

Courrez voir Mauvais goût, vous ne serez pas déçus !

Mauvais goût

Mise en scène de Didier Lucien, texte de Stéphane Crête
Du 8 au 26 janvier à l’Espace Libre
1945, rue Fullum
Site Internet : espacelibre.qc.ca/

Crédit photos : Jacynthe Perrault

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