« Kiciweok : lexique de 13 mots autochtones qui donnent un sens », le pouvoir immense des mots

Combien de langues autochtones seriez-vous en mesure de nommer, comme ça, spontanément? C’est sans doute une question qui confrontera certains d’entre nous à nos propres contradictions, à nos lacunes sociétales et à notre triste ignorance concernant un des éléments fondamentaux de l’identité de nombreuses nations qui comptent une riche histoire et de grands êtres.

Crédit : Maryse Boyce

Être. C’est la signification du mot choisi par l’une des artistes mis en lumière à travers Kiciweok : lexique de 13 mots autochtones qui donnent un sens. L’artiste expliquait qu’au sein de sa culture, les gens utilisent le mot « être » en guise de salutation, comme un rappel, à chaque rencontre, que le grandiose fait d’exister et d’être en vie est au centre de tout. Kiciweok : lexique de 13 mots autochtones qui donnent un sens, et qui sont, souvent, lourds de sens. L’art d’être complètement enraciné tout en étant profondément connecté à l’autre et à la terre en est un qui est propre à certaines des nations autochtones représentées à travers cette démarche artistique. L’amour pour la terre-mère et l’attention soigneusement portée à l’environnement étaient par ailleurs des éléments culturels phares évoqués par plusieurs des artistes réunis sur scène lors de cet événement.

Crédit: Maryse Boyce

Dans cette œuvre conçue par Émilie Monnet qui était présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui les 11 et 12 décembre dernier, 13 artistes, issus de 8 nations autochtones distinctes nous racontaient leurs cultures, leurs histoires, leurs identités et leur voix. Au pluriel. Ces voix multi-tons enfin entendues qui incarnent la résistance, la résilience et la force, parfois tranquille; parfois passionnément bruyante.

Parmi ces artistes, la grande poétesse innue Joséphine Bacon nous a offert un extrait de l’un de ses poèmes à travers lequel elle racontait une forme de savoir-faire ancestral innu visant à repérer les caribous dans la forêt. L’écrivaine a charmé les spectateurs avec ses mots pleins de chaleur et de vie et a ensuite fait une analogie profondément touchante avec ladite tradition innue afin d’honorer la cause des femmes autochtones disparues. C’était un grand moment. La prestation de madame Bacon fut précédée, entre autres, d’un moment de délire humoristique complètement charmant et attendrissant signé Tomson Highway et de remarquables textes de Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo et de Marie-Andrée Gill.

Crédit : Maryse Boyce

Kiciweok : lexique de 13 mots autochtones qui donnent un sens, c’est un rendez-vous avec des êtres formidables, avec la richesse multi-culturelle et la poésie éblouissante de ces nations, mais c’est aussi un rendez-vous avec soi-même. C’est une œuvre qui nous heurte à nos propres privilèges et nous éveille à la violence historiquement portée à ces nations qui ont été trop souvent esseulées et dont les voix ont été tues à d’innombrables occasions.

Le public a semblé accueillir à bras ouverts cette démarche qui était d’une poésie et d’une beauté foudroyantes. Il est fascinant de constater que les mots ont ce pouvoir immense de nous ramener à l’être, au cœur, et, dans ce cas-ci, au cœur de toutes les plus grandes beautés et déchirures du monde.

Aussi par Gabrielle : Le poids des fourmis : Quand le monde s’écroule, les fourmis s’activent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *