La maladie de la mort: la distance infiniment intime

Jusqu’à la mi-février, les mots de Marguerite Duras prennent vie, sur la scène principale du Théâtre Prospero, dans le cadre de la présentation de l’oeuvre La maladie de la mort, adaptée par Martine Beaulne. C’est avec de forts élans de sensibilité et de finesse que les acteurs de grand talent, Sylvie Drapeau et Paul Savoie, se partagent les répliques de ce récit poétique de haute voltige.

Crédit photo: Émilie Lapointe

Les multiples et complexes rencontres entre un homme et une femme sont bousculées et sont disséquées à travers leurs perspectives respectives qui semblent étrangères et pourtant totalement complémentaires. À travers ce texte d’une grande poésie, le culte du corps, particulièrement celui de la femme, et la passion bouillante entre gens d’âge plutôt mur sont déconstruits et réinterprétés constamment, comme dans une danse habile et fluide. L’allusion à la mer noire qui accompagne le rythme de leurs nuits, au va-et-vient de la lumière et à l’espace ombrageux qui demeure figé, une sorte de trame aux répliques qui sont parfois tranchantes, parfois pleines de douceur.

Crédit photo: Émilie Lapointe

Le jeu physique, très précis et mystérieux à la fois des deux interprètes ajoute énormément au moment d’intimité qui se crée entre l’audience et la scène dès les premières minutes de la pièce. Dans cette interprétation de La maladie de la mort, les mots de Duras sont mis de l’avant grâce à une mise en scène délicate, sombre et sobre qui laisse toute la place à la poésie et au déséquilibre de ses sens. Le rythme dynamique des répliques de l’actrice à l’acteur ne s’essouffle jamais et dévoile toutes les subtilités du texte. Le mal d’aimer, les non-dits, la violence envers son partenaire comme envers soi-même et le vide qui se creuse entre deux êtres sont des thèmes qui sont abordés à travers les mots de Marguerite Duras, qui raisonneront certainement à retardement et à différents niveaux dans l’esprit des spectateurs. La maladie de la mort, c’est aussi deux personnages qui apprennent à négocier avec la froide et immense distance que leur impose leur proximité.

En assistant à cette adaptation de la pièce, on remarque rapidement l’approche féministe incarnée, notamment dans la place immense qu’on accorde à la perspective féminine sur la relation et la rencontre des corps et de tout ce qu’ils habitent, autant dans le texte que dans l’interprétation visuelle et performative. La courte durée de la pièce, d’environ une heure, ne déçoit pas, car l’intensité et la justesse du jeu des acteurs font de l’œuvre une présentation complète. Les amoureux de poésie et de grande interprétation théâtrale seront comblés. C’est à voir au théâtre Prospero jusqu’au 15 février 2020.

Pour plus de renseignements sur la pièce, cliquez ici.

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