Le loup chez Duceppe : La contagion du déclin

La première de la pièce Le loup était présentée ce mardi au Théâtre Jean-Duceppe. Dans un concept et espace atypiques ainsi qu’une ambiance décontractée, Le loup s’inscrit parmi les pièces présentées dans le cadre des 5 à 7 Duceppe, où de courtes présentations en un acte sont présentées dans les coulisses du Théâtre. Cette formule accessible et réinventée offre aux spectateurs une pièce, une collation et une bière pour la modique somme de 20$. Inspirée du concept écossais A Play, A Pie and A Pint, cette formule 5 à 7 avait d’ailleurs été proposée aux Montréalais par le Théâtre La Licorne lors des deux dernières saisons.

La courte pièce d’une durée de tout juste cinquante minutes nous conduit du rire au tragique avec beaucoup de subtilité. Le texte, signé Nathalie Doummar, est particulièrement bien ficelé et arrive à mettre en mots et en images le chaos presque calculé du déclin d’un homme au travers de sa prise de conscience des incidences de ses gestes et de son existence. Atteint de la maladie d’Alzheimer, le personnage interprété par Luc Senay est soudainement pris d’un moment de lucidité interminable au cours duquel il dissèque et ressasse les remords qu’il entretient depuis longtemps, liés notamment à la façon dont il a traité sa femme au cours des trente dernières années. Cette dernière, interprétée par l’excellente Maude Guérin, se voit happée par ces élans de lucidité qui témoignent des années sombres et de sa relation endommagée avec son amour propre.

Dans un chaos calculé et contraint dans l’espace restreint du décor et du temps, Luc Senay et Maude Guérin naviguent habilement les nombreuses ruptures de ton qui ajoutent beaucoup de rythme et de lumière au sujet central de la pièce qui est assez sombre et cafardeux. La mise en scène de Chloé Robichaud apporte beaucoup de touches d’actualité et de candeur à ce thème du déclin lugubre qui porte normalement davantage vers la mélancolie et la lenteur. On décèle bien l’expérience substantielle des deux acteurs présents sur scène dans leur façon de jouer avec l’intensité du texte et ses différents niveaux allant de l’ironie plus légère à la noirceur complète.

Le personnage masculin répète à plusieurs reprises dans la pièce qu’il a volé la vie de sa femme. De son côté, elle lui répond qu’elle la lui a plutôt donnée. Dans cette courte réplique réside un pilier important du texte. La contagion du narcissique pervers et l’emprise qu’il exerce sur sa victime. Il la guide à choisir de ne pas choisir plutôt que d’affronter la réalité de se dépeindre en victime. Cette forme de contrôle insidieuse est très bien exploitée dans le jeu des acteurs.

Le loup affiche déjà complet pour ses présentations du 3 au 27 mars 2020, mais propose de nouvelles dates en reprise du 25 novembre au 18 décembre 2020. C’est sans contredit une expérience à vivre.

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