Pôle Sud: documentaires scéniques: d’un quartier et des hommes

D’abord présentée à l’Espace Libre en 2016, puis reprise lors du Festival TransAmérique en 2017, l’oeuvre Pôle Sud: documentaires scéniques est revenue une dernière fois sur scène dans son théâtre d’origine.

À l’origine de cette initiative, on retrouve la réalisatrice, scénariste et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette, ainsi que Émile Proulx-Cloutier, acteur, réalisateur, metteur en scène et chanteur. Ensemble, ils sont allés à la rencontre de résidents du quartier Centre-Sud, pour révéler le destin extraordinaire de ces gens bien ordinaires.

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Crédit photo : gracieuseté Pedro Ruiz

Se voulant à la fois film documentaire et spectacle de quartier, l’oeuvre ne fait pas appel à des comédiens professionnels pour donner vie à ces témoignages. Au contraire, les citoyens en question montent eux-mêmes sur les planches pour illustrer leurs propos. Émouvant et authentique, l’exercice démontre que la réalité s’avère parfois plus poignante que la fiction.

La pièce est divisée en huit chapitres, chacun d’eux correspondant à l’histoire d’un des intervenants. On débute ainsi avec Jacqueline, star de la rue Panais qui nous raconte son passé d’effeuilleuse, pour conclure avec Marc, un millennial fier de son quartier aux idées bien arrêtées. Entre eux, une ribambelle de personnages colorés se succèdent: Serge, le sculpteur-soudeur plein d’esprit et d’humour; Cybèle, qui apprend à lire entre deux séjours à Pinel; François, passionné de pêche et de scènes de crime… Aucune trame narrative ne lie leurs témoignages. Ils passent sur scène l’un après l’autre, accomplissant les gestes de leur quotidien dans un décor sobre, mais efficace. Ils ne nous parlent pas. On entend plutôt leur voix en bande sonore, enregistrée lors de leur entrevue avec Anaïs Barbeau-Lavalette. La pièce évolue au rythme des questions de celle-ci et des réponses de ses interlocuteurs.

Par le biais de cette brillante mise en scène, les spectateurs se trouvent placés en contact direct avec les sujets des entrevues. Sans écran pour les séparer, ils réagissent aux propos des intervenants dans une proximité inhabituelle, mais réjouissante. La sympathie que l’on éprouve pour ces inconnus aux vies difficiles, mais à la résilience exemplaire, s’en voit alors décuplée. La vulnérabilité dont ils font preuve, d’abord en se confiant une première fois aux documentaristes, puis en montant sur scène lors des représentations, permet de concrétiser ces récits bouleversants en leur donnant forme humaine, au-delà du numérique.

Pôle Sud documentaire
Crédit photo : gracieuseté Pedro Ruiz

Tout au long du spectacle, on passe du rire – parfois franc, parfois doux-amer – aux larmes. On tombe profondément amoureux du genre humain, dans tous ses travers et toute sa beauté. Surtout, on (re)découvre le Centre-Sud de la meilleure façon qui soit: avec les yeux de ceux qui l’appellent “mon quartier.”

Sur scène, les trajectoires de chaque résident évoluent en parallèle, sans jamais se croiser. Il est fort probable qu’il en soit ainsi dans leur vie réelle. Habitant tous le même arrondissement, ils se côtoient tous les jours sans pourtant se rencontrer. C’est le cas de la plupart des Montréalais, peu importe l’endroit où nous vivons ou travaillons. Dans ces circonstances, Pôle Sud: documentaires scéniques amorce une réflexion remarquable: comment tisser un lien entre nos vies dépareillées, mais pourtant semblables? Avec ce premier spectacle de quartier, le théâtre Espace Libre célèbre la mission sociale de l’art, en démontrant qu’une communauté solidaire peut se créer à l’intersection d’un lieu culturel et de son environnement.


Pôle Sud: documentaires scéniques a été présenté pour la dernière fois à l’Espace Libre du 5 au 15 septembre 2018, dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Pour toutes les informations, c’est ici.

Lauren Robillard

Foodie végé assumée, fan de cinéma, d'art et de culture, Lauren s'était donné pour mission de faire découvrir le meilleur de la métropole à son amoureux français. Ayant converti celui-ci, elle partage désormais ses trouvailles avec un plus large public. Quand elle ne recherche pas de nouveaux endroits ou événements inusités, elle parcourt la ville à pied ou à vélo, armée de sa caméra et de son enthousiasme débordant.

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